Alors qu’approche le 80e anniversaire du jour de la victoire sur le Japon (VJ Day), le 15 août, la manière exacte dont le Japon a capitulé en 1945, et les motivations qui l’y ont poussé, font toujours l’objet d’un certain débat. Le récit dominant, établi de longue date, veut que les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki aient finalement fait basculer Tokyo, obligeant l’empereur Hirohito (la seule personne au Japon dont la décision comptait en dernier ressort) à exiger de ses militaires réticents qu’ils s’inclinent devant la nécessité. C’est assurément l’explication privilégiée par les Américains, qui tenaient à mettre fin rapidement à la guerre sans avoir à envahir, à un coût probablement énorme, l’archipel japonais. C’est aussi une explication plausible. Après tout, les deux bombes atomiques tuèrent à elles deux au moins 150 000 civils japonais de manière plus ou moins instantanée – même si nous savons aujourd’hui que la bombe de Nagasaki aurait pu en tuer bien davantage si le bombardier américain chargé du largage ce jour-là, délibérément ou non (certains laissent entendre que c’était délibéré), n’avait pas lâché « Fat Man » sur une banlieue périphérique plutôt que sur le centre-ville. Ces dernières années, cependant, certains historiens se sont demandé si un autre facteur n’avait pas été aussi décisif, voire davantage, dans la capitulation japonaise, à savoir l’avancée soviétique en Mandchourie, alors tenue par le Japon, qui commença aux premières heures du 9 août, peu avant que Fat Man n’explose au-dessus de Nagasaki. On oublie souvent que, même à une date aussi tardive, le Japon disposait encore en Chine d’une très grande armée qui, pour l’essentiel, n’avait pas été vaincue. Ses unités d’élite formaient l’armée du Kwantung, la force qui occupait la Mandchourie depuis 1932. Cette armée avait été sévèrement battue par les Soviétiques en 1939 (lors d’affrontements frontaliers) et elle subit une humiliation bien pire dans les jours qui suivirent le 9 août 1945 – Staline tenant alors sa promesse d’aider les Alliés à vaincre le Japon une fois le régime de Hitler détruit. Lorsque la campagne soviétique prit fin, le 20 août, la Mandchourie, la Mongolie-Intérieure et le nord de la Corée, ainsi que les îles japonaises des Kouriles et de Sakhaline, étaient tombés aux mains de l’Armée rouge. Ces défaites militaires rapides réduisirent considérablement toute possibilité que le Japon poursuive le combat, tandis que la perspective d’un partage communiste de l’archipel (Staline lorgnait aussi sur Hokkaido) horrifiait les dirigeants de droite de Tokyo. Ainsi, la décision impériale de capituler devant les États-Unis le 15 août revenait simplement à reconnaître que le Japon n’avait plus d’options – en particulier, aux yeux de Tokyo, la capitulation négociée qu’il recherchait n’était plus envisageable – et qu’il devait accepter, le plus vite possible, le moindre de tous les maux : une occupation américaine sans conditions. Le mot « capitulation » ne figurait évidemment pas dans le vocabulaire des militaires japonais, et dans l’allocution radiodiffusée officielle à son peuple, Hirohito ne parla que de « fin de la guerre » – laissant entendre qu’il mettait fin au conflit pour le bien de la nation elle-même, et non parce que les Japonais avaient été vaincus. Plus éloquentes, cependant, lors de la dernière réunion de son cabinet de guerre la veille, furent les larmes de l’empereur et les sanglots bruyants de ceux qui étaient assis autour de la table. Dans les heures et les jours qui suivirent l’allocution de Hirohito, plusieurs unités de soldats se mutinèrent en signe de protestation, et neuf hauts responsables japonais, généraux et amiraux (dont le ministre de la Guerre), se suicidèrent rituellement. De fait, l’agitation dans le pays fit repousser la signature officielle de la capitulation japonaise (à bord de l’USS Missouri, dans la baie de Tokyo) au 2 septembre, afin de laisser le temps de déployer sur le sol japonais suffisamment de forces américaines pour faire face à toute résistance éventuelle. En fin de compte, la crise passa de manière relativement pacifique. Comme pour le VE Day, les véritables complexités qui se cachaient derrière le VJ Day de 1945 commencent seulement aujourd’hui à entrer dans un nouveau récit.
La délégation japonaise arrive à bord de l’USS Missouri pour signer l’acte de capitulation
(Archives nationales des États-Unis, C-2719)
Si vous pensez tout savoir de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, il est temps de revoir vos certitudes.

Michael Baker est un historien formé à Oxford, scénariste primé et créateur du podcast Unknown Warriors. À propos de Michael




