Comment finissent les guerres

Longue colonne de soldats marchant sur une large route de campagne poussiéreuse.
Des troupes allemandes qui se sont rendues marchent en bon ordre vers la captivité chez les Alliés, automne 1918. L’absence d’escorte armée laisse penser que ces hommes se sont rendus de leur plein gré pour en finir avec une guerre qu’ils ne veulent plus mener.

Un dernier mot sur la guerre en Ukraine : une perspective historique

Il est difficile de voir comment ce conflit acharné prendra fin. L’impasse actuelle sur le champ de bataille révèle que ni l’un ni l’autre camp n’est disposé à transiger sur ses objectifs les plus chers. Kyiv veut chasser toutes les forces russes d’invasion de son territoire souverain. Moscou, l’agresseur, continue de réclamer des territoires ukrainiens qu’il semble de moins en moins capable de conquérir.

Si nous regardons les deux guerres mondiales du XXe siècle, nous pouvons peut-être en tirer quelques parallèles instructifs – après tout, d’ici début juin cette année, la guerre en Ukraine aura duré aussi longtemps que la Première Guerre mondiale. Pendant la Première comme pendant la Seconde Guerre mondiale, une défaite militaire décisive mit fin à tout espoir, respectivement pour les puissances centrales et pour l’Allemagne nazie, de poursuivre le combat. Certains groupes de la société allemande d’après-guerre soutinrent que leur pays n’avait pas vraiment capitulé en 1918. Ils affirmaient que leur armée s’était retirée dans ses casernes en bon ordre, donnant naissance au mythe du « coup de poignard dans le dos » que Hitler exploiterait plus tard. Or, tous les éléments montrent aujourd’hui que le moral et les réserves de l’Allemagne s’étaient totalement effondrés en novembre 1918.

Des redditions massives d’Allemands avaient déjà eu lieu sur le front de l’Ouest, à une échelle sans précédent. On parle de centaines de milliers d’hommes qui, menés par leurs sous-officiers, quittaient calmement leurs tranchées pour se rendre à l’ennemi. L’Armistice qui suivit fut dicté à la délégation allemande sous la menace d’une nouvelle attaque alliée. C’était la reconnaissance brutale que l’Allemagne avait perdu la guerre.

La fin de la Seconde Guerre mondiale

Quant à la Seconde Guerre mondiale, il est incontestable qu’en 1945 l’Allemagne puis, quelques mois plus tard, le Japon capitulèrent officiellement devant les Alliés. Leurs pays respectifs furent entièrement détruits, envahis et occupés. On voit mal une issue aussi décisive se produire dans le conflit ukrainien, tandis que le dénouement de la Première Guerre mondiale, où un camp força de manière décisive l’autre à cesser le combat, ne cadre pas avec la guerre d’usure qui caractérise actuellement le champ de bataille.

L’Ukraine se contenterait tout au plus de chasser les envahisseurs russes de son territoire souverain : elle n’a aucun intérêt à envahir et occuper la Russie, sinon pour se servir de territoires russes conquis comme monnaie d’échange dans des négociations de paix.

Le point de vue russe

Les Russes, pour leur part, semblent très peu susceptibles d’envahir ou d’occuper l’Ukraine. Leurs pertes augmentent de façon alarmante, des estimations sérieuses les situant à 1,2 million et ce n’est pas fini. Leur économie montre des signes de grave tension. Dans une telle situation, il serait téméraire pour les Russes de chercher à étendre le conflit à d’autres pays, comme des membres de l’OTAN. Cela encouragerait vraisemblablement une coalition plus active derrière l’Ukraine, faisant pencher spectaculairement la balance contre Moscou. Un tel scénario pourrait conduire à quelque chose de plus proche de l’issue de la Seconde Guerre mondiale – pas une occupation de la Russie, bien sûr, mais une menace existentielle pour le régime de Poutine néanmoins.

Le caractère unique de la guerre en Ukraine

La fin de la Seconde Guerre mondiale fut décisive d’une manière que celle de la Première ne l’avait pas été, pour deux très bonnes raisons. D’abord, 1945 marqua la première et la seule fois dans l’histoire où des armes atomiques ont été utilisées au combat. Ce seul fait rend la guerre actuelle en Ukraine difficile à prévoir. Poutine, par exemple, envisagerait-il à un moment ou à un autre d’utiliser des armes nucléaires tactiques ? Il en a parlé, et s’il se sentait acculé, il n’est pas impossible qu’il y ait recours.

Cependant, de façon réaliste, c’est une ligne que personne ne souhaite probablement franchir, par crainte de ce qui se trouve au-delà. Remarquez, on disait la même chose du bombardement aérien des civils et de l’emploi des gaz de combat. Malgré les accords internationaux d’avant-guerre qui interdisaient l’un et l’autre, tous les camps de la Première Guerre mondiale adoptèrent rapidement ces nouvelles tactiques.

La seconde raison du caractère unique de la guerre en Ukraine ? En un mot, Trump. En 1945, la puissance et les ressources extraordinaires des États-Unis menèrent la lutte contre les puissances de l’Axe. Cette lutte fut appuyée de manière décisive sur le front de l’Est par les divisions massives de l’Armée rouge. Aujourd’hui, qui sait vraiment ce que l’Amérique de Trump fait dans cette guerre ? Tous ses actes, et la plupart de ses discours, laissent penser qu’elle cherche à plaire à Moscou plutôt qu’à parvenir à un règlement juste et équitable.

Cela fait de la guerre en Ukraine un cas unique dans l’histoire récente, et d’autant plus difficile à résoudre.

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Si vous pensez tout savoir de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, il est temps de revoir vos certitudes.

Michael Baker est un historien formé à Oxford, scénariste primé et créateur du podcast Unknown Warriors. À propos de Michael

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