Aujourd’hui (25 avril), c’est le jour de l’Elbe, date à laquelle, en 1945, des soldats américains et de l’Armée rouge se sont rencontrés pour la première fois sur les rives de l’Elbe, près de la ville allemande de Torgau. Les deux camps avançaient depuis des semaines, respectivement depuis l’ouest et depuis l’est : c’est à Torgau qu’ils ont finalement coupé l’Allemagne en deux. Environ deux semaines plus tard, les Russes allaient prendre Berlin et la guerre en Europe serait terminée. Le jour de l’Elbe a tendance à être éclipsé par le 8 mai (VE Day ; le 9 mai en Russie) et n’a pas toujours été reconnu officiellement. Ces derniers temps, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a terni le souvenir de cette rencontre historique, et en 2022 l’administration Biden a annulé les cérémonies communes qui la commémoraient. Aujourd’hui, alors que Trump semble décidé à un rapprochement avec la Russie de Poutine (malgré la guerre qui se poursuit en Ukraine), l’anniversaire est de nouveau célébré à Washington – même si la propagande russe (en la personne du journal gouvernemental officiel, la Pravda) s’est empressée d’utiliser l’événement pour claironner son message selon lequel le nazisme relève de nouveau la tête en Europe – notamment en Ukraine, en Pologne et dans les pays baltes, où le Kremlin prétend voir de nouveau en marche des initiatives antirusses « revanchistes ». La Russie, proclame fermement la Pravda, en tant que pays qui a le plus souffert pendant la Seconde Guerre mondiale, « ne permettra jamais que les leçons du passé soient oubliées ». On peut facilement écarter un plaidoyer aussi manifestement intéressé, mais la résonance unique de la Rencontre sur l’Elbe mérite qu’on s’en souvienne, non seulement comme symbole des Alliés du temps de guerre célébrant la victoire sur le Reich hitlérien, mais comme un moment où de simples frères d’armes ont pu fraterniser en sachant qu’après des années de guerre, la paix était toute proche. Comme bien d’autres moments historiques de ce genre, toutefois, les retrouvailles sur l’Elbe (que les deux camps avaient eu tout le temps de préparer) ont été nettement moins glorieuses et plus maladroites qu’on pourrait le croire. Pour commencer, les GI américains n’ont pas signalé leur approche en tirant une fusée éclairante verte, comme en étaient convenus au préalable les états-majors des deux armées. À la place, faute d’avoir un drapeau américain sous la main, ils ont peint un drap blanc pour en faire une piètre imitation de la bannière étoilée. Sans surprise, les Russes ont d’abord cru que les Yankees étaient des Allemands qui leur jouaient un tour. Finalement, un homme de chaque camp a été envoyé jusqu’au milieu d’un pont endommagé qui enjambait l’Elbe. Les deux hommes se sont maladroitement donné l’accolade et ont fait le « V de la victoire ». Ce n’est que le lendemain qu’a eu lieu une rencontre plus officielle, au cours de laquelle des dizaines de soldats des deux camps ont souri aux photographes et se sont serré la main, jurant de renoncer à la guerre au nom de leurs camarades tombés. À la place du pont partiellement détruit sur le fleuve, troufions soviétiques et américains en ont construit ensemble un nouveau – un pont de l’amitié. Ça, c’était avant. Aujourd’hui, ce pont semble bien loin.
Si vous pensez tout savoir de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, il est temps de revoir vos certitudes.

Michael Baker est un historien formé à Oxford, scénariste primé et créateur du podcast Unknown Warriors. À propos de Michael




