Dans une grande partie des commentaires récents sur la position américaine ouvertement prorusse dans les pourparlers visant à mettre fin à la guerre de 3 ans en Ukraine, le parallèle historique favori a été Munich en 1938, lorsque l’apaisement envers Hitler pratiqué par la Grande-Bretagne et la France permit de fait qu’un pays européen bien moins puissant (la Tchécoslovaquie démocratique) soit tenu à l’écart des négociations sur son propre avenir, puis englouti par la dictature qu’était le Reich nazi. À tort ou à raison, « Munich » est depuis devenu synonyme d’apaisement et de trahison. Mais en réalité, une meilleure analogie tirée de la même période de l’histoire serait le pacte germano-soviétique de 1939, notamment en raison de la manière cynique dont deux grandes puissances adverses aux idéologies totalement opposées (le fascisme et le communisme) stupéfièrent le monde en se rapprochant soudain afin de se partager la Pologne par la force brute. Cet acte prémédité de destruction d’un État figurait certes dans un protocole secret au sein de ce qui se présentait comme un traité mutuel de non-agression, mais l’élimination de la Pologne en était le véritable objectif – et Staline se servit du pacte comme couverture pour s’emparer aussi des vulnérables États baltes. La comparaison est remarquablement directe avec ce que Trump et Poutine semblent manigancer aujourd’hui, l’Ukraine étant tenue à l’écart des pourparlers de paix et gravement menacée, d’un côté, de devenir une colonie minière américaine et, de l’autre, de se voir refuser les garanties de sécurité qui empêcheraient la Russie de l’attaquer à nouveau – bref, une Ukraine à qui il ne resterait, au bout du compte, que bien peu de souveraineté nationale, voire aucune. Reste à voir si l’Ukraine prendra encore une part réelle à la décision de son propre avenir. On ne peut qu’espérer que le reste de l’Europe se mobilisera pour la défendre, par tous les moyens nécessaires, comme ses discours le proclament. En septembre 1939, lorsque Staline et Hitler envahirent simultanément la Pologne par l’est et par l’ouest, la Grande-Bretagne et la France, tenues par traité de défendre la neutralité de la Pologne, déclarèrent bel et bien la guerre à l’Allemagne quelques jours plus tard – mais elles n’envoyèrent pas de troupes (elles n’étaient pas prêtes à le faire) et n’affrontèrent même pas du tout la Wehrmacht avant que celle-ci n’envahisse la France 8 mois plus tard. À ce moment-là, la Pologne avait depuis longtemps été effacée par ses occupants allemands et russes.
Si vous pensez tout savoir de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, il est temps de revoir vos certitudes.

Michael Baker est un historien formé à Oxford, scénariste primé et créateur du podcast Unknown Warriors. À propos de Michael




